Les métiers menacés par l’IA : ce que révèle le dernier rapport d’Anthropic
- Par
Pollen
- Publié le
- 12/03/2026
- Temps de lecture
- 6min

Depuis l’essor spectaculaire de l’intelligence artificielle générative, une question revient sans cesse : quels métiers risquent réellement d’être remplacés par l’IA ? L’arrivée de modèles avancés comme ChatGPT ou Claude a alimenté les inquiétudes sur l’avenir du travail, notamment dans les professions intellectuelles.
Pour mieux comprendre cette transformation, la société d’IA Anthropic a publié un nouveau rapport consacré à l’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. L’étude propose une méthode inédite pour mesurer l’exposition des métiers à l’IA.
Contrairement à certaines prédictions alarmistes, les résultats montrent une réalité plus nuancée. Si certains métiers sont effectivement très exposés à l’automatisation, les effets sur l’emploi restent pour l’instant limités. En revanche, des signaux faibles commencent à apparaître, notamment concernant les jeunes travailleurs.
Une nouvelle méthode pour mesurer l’impact de l’IA sur les métiers
L’une des principales contributions du rapport d’Anthropic est l’introduction d’un nouvel indicateur appelé “Observed Exposure”.
Jusqu’ici, la plupart des études sur l’automatisation reposaient sur une question simple : l’IA est-elle capable de réaliser certaines tâches ? Mais cette approche théorique ne reflète pas toujours la réalité.
L’objectif est de mesurer non seulement ce que l’IA pourrait faire, mais ce qu’elle fait réellement aujourd’hui dans le monde professionnel.
Dans ce cadre, un métier est considéré comme fortement exposé lorsque :
- ses tâches peuvent être réalisées par un modèle de langage,
- ces tâches sont déjà observées dans les usages professionnels de l’IA,
- l’IA est utilisée pour automatiser le travail et non simplement pour aider l’utilisateur.
Cette approche permet d’obtenir une vision plus réaliste de la transformation en cours.
L’IA est encore loin de son potentiel réel
Un résultat majeur du rapport est que l’utilisation actuelle de l’IA reste bien inférieure à ses capacités théoriques.
De nombreuses tâches pourraient être accélérées ou automatisées par des modèles de langage, mais dans la pratique elles ne sont pas encore largement utilisées. Plusieurs raisons expliquent cet écart :
- les limitations techniques des modèles,
- les contraintes juridiques,
- la nécessité de validation humaine,
- ou encore l’intégration dans les outils professionnels.
Par exemple, dans les métiers de l’informatique et des mathématiques, près de 94 % des tâches pourraient théoriquement être réalisées avec un modèle de langage.
Pourtant, selon les données d’usage analysées par Anthropic, seulement environ un tiers de ces tâches sont actuellement couvertes par l’IA dans la pratique.
Autrement dit, même dans les secteurs les plus avancés, l’adoption reste encore à un stade précoce.
Cela signifie que les transformations du marché du travail pourraient s’accélérer dans les années à venir à mesure que l’adoption progresse.

Les métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle
L’étude identifie plusieurs professions particulièrement exposées à l’automatisation par les modèles de langage.
En tête de classement figurent les programmeurs informatiques. Selon l’analyse, près de 75 % de leurs tâches sont déjà couvertes par l’IA.
Ce résultat n’est pas surprenant : les modèles d’IA générative sont particulièrement performants pour :
- écrire du code,
- corriger des erreurs,
- expliquer des programmes,
- générer des scripts automatisés.
Les conseillers du service client apparaissent également parmi les métiers les plus exposés. Les outils d’IA sont de plus en plus utilisés pour répondre aux demandes des utilisateurs, générer des réponses ou automatiser une partie du support.
Autre profession fortement impactée : les opérateurs de saisie de données. Leur travail consiste principalement à lire des documents et à saisir des informations dans des systèmes numériques, une tâche que les modèles d’IA peuvent aujourd’hui automatiser relativement facilement.
D’autres métiers intellectuels apparaissent aussi parmi les professions exposées, notamment certains analystes financiers ou emplois administratifs.
Ces professions ont un point commun : elles reposent largement sur des tâches textuelles, numériques et répétitives, particulièrement adaptées aux modèles d’IA.

Les métiers les moins exposés à l’IA
À l’inverse, de nombreux métiers restent aujourd’hui très peu affectés par l’intelligence artificielle.
Selon le rapport, environ 30 % des travailleurs occupent des emplois qui ne présentent pratiquement aucune exposition à l’IA.
Parmi ces professions figurent par exemple :
- les cuisiniers
- les mécaniciens moto
- les sauveteurs
- les barmen
- les plongeurs en restauration
Ces métiers ont plusieurs caractéristiques communes.
Ils impliquent souvent :
- un travail physique,
- une présence sur place,
- des interactions humaines directes,
- ou des environnements difficiles à automatiser.
Contrairement aux tâches numériques, ces activités sont beaucoup plus complexes à reproduire avec l’intelligence artificielle actuelle.
Cela confirme une tendance déjà observée lors des précédentes vagues d’automatisation : les métiers manuels ou relationnels sont souvent plus résistants aux technologies émergentes.
Un paradoxe : les métiers les plus exposés sont aussi les mieux payés
L’une des conclusions les plus surprenantes du rapport concerne le profil des travailleurs les plus exposés à l’IA.
Contrairement aux précédentes transformations technologiques, les métiers menacés ne sont pas les moins qualifiés.
Les données montrent au contraire que les travailleurs fortement exposés :
- sont plus diplômés,
- gagnent en moyenne 47 % de plus que les autres,
- sont plus souvent employés dans des professions qualifiées.
Les personnes possédant un diplôme de niveau master ou doctorat sont par exemple près de quatre fois plus représentées dans les métiers fortement exposés que dans les professions peu exposées.
Le rapport souligne également certaines différences démographiques. Les travailleurs les plus exposés sont plus souvent des femmes et présentent un niveau d’éducation plus élevé.
Cette situation marque une rupture avec les précédentes vagues d’automatisation, qui concernaient surtout les emplois industriels ou peu qualifiés.
L’IA n’a pas encore provoqué de hausse du chômage
Malgré ces niveaux d’exposition élevés, l’étude ne trouve aucune augmentation significative du chômage dans les professions les plus exposées à l’IA depuis la fin de l’année 2022.
Les chercheurs ont analysé les données du marché du travail et comparé l’évolution du chômage entre les travailleurs très exposés et ceux qui ne le sont pas.
Résultat : les tendances restent globalement similaires entre les deux groupes.
Même après l’apparition de modèles populaires comme ChatGPT, les différences observées sont faibles et statistiquement peu significatives.
Cela suggère que l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi reste pour l’instant limité.
Cependant, les auteurs du rapport soulignent que les transformations technologiques peuvent prendre plusieurs années avant de produire des effets visibles à grande échelle.
Un premier signal d’alerte pour les jeunes travailleurs
Si l’IA n’a pas encore provoqué de hausse du chômage, l’étude identifie néanmoins un signal précoce.
Les données suggèrent que les embauches de jeunes travailleurs ont légèrement ralenti dans les métiers les plus exposés à l’IA.
Plus précisément, le taux d’entrée dans ces professions aurait diminué d’environ 14 % depuis 2022 pour les travailleurs âgés de 22 à 25 ans.
Ce phénomène pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs.
Les entreprises pourraient par exemple utiliser l’IA pour automatiser certaines tâches junior, réduisant ainsi leur besoin de recruter de nouveaux employés.
Il est également possible que certains jeunes travailleurs choisissent d’autres secteurs ou poursuivent leurs études face à l’incertitude.
Les chercheurs restent prudents sur l’interprétation de ce résultat, mais considèrent qu’il pourrait constituer l’un des premiers signes d’un impact de l’IA sur le marché du travail.
Ce que ces résultats disent vraiment sur l’avenir du travail
Le rapport d’Anthropic apporte un éclairage important dans un débat souvent dominé par des scénarios extrêmes.
Plutôt qu’une disparition massive des emplois, les données suggèrent que l’IA transforme progressivement les métiers.
Plusieurs tendances semblent se dessiner :
- l’automatisation concerne surtout les tâches numériques et textuelles,
- les effets sur l’emploi apparaissent lentement et de manière progressive,
- les premiers impacts pourraient toucher les postes juniors.
Cette évolution rappelle les transformations provoquées par d’autres technologies comme Internet ou l’automatisation industrielle : les changements sont réels, mais ils se déploient sur plusieurs années.
Pour les chercheurs, le plus important est désormais de continuer à suivre ces évolutions à mesure que l’adoption de l’IA progresse.
Car si l’utilisation de l’intelligence artificielle continue de se diffuser dans les entreprises, l’écart entre les capacités théoriques et l’usage réel pourrait rapidement se réduire.
Et c’est à ce moment-là que l’impact sur le marché du travail pourrait devenir beaucoup plus visible.
Découvrez le rapport complet d’Anthropic ici.
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