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IA et emploi : 70 % des salariés vont devoir réinventer leur métier, selon McKinsey

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Publié le
25/10/2026
Temps de lecture
7min

L’IA va-t-elle supprimer nos emplois ? La question revient dans chaque comité de direction depuis l’arrivée de ChatGPT, Claude ou Copilot. Fin septembre 2026, le McKinsey Global Institute a publié une réponse chiffrée dans son rapport Workforce in motion: Skills and pathways to future jobs in the United States.

Son constat est plus nuancé que les prédictions alarmistes. Peu de métiers vont disparaître, mais presque tous vont changer. Plus de 70 % des salariés devront réinventer une partie de leur travail d’ici 2035.

Autrement dit, le vrai sujet n’est plus de savoir quels métiers l’IA remplacera. C’est de savoir comment chaque collaborateur va passer de son poste actuel à celui de demain. Et sur ce terrain, les compétences font toute la différence.

L’IA transforme plus d’emplois qu’elle n’en supprime

McKinsey a modélisé l’effet combiné de l’automatisation et de la croissance économique sur le marché du travail américain entre 2025 et 2035. Résultat : un solde net positif d’environ 5 millions d’emplois.

Plus précisément :

  • L’automatisation pourrait réduire la demande de travail de l’équivalent de 36 millions d’emplois, soit 21 % des heures travaillées aujourd’hui.
  • Dans le même temps, la croissance créerait environ 41 millions d’emplois, portée par la santé, la construction, la transition énergétique et le numérique.
  • Sur les 36 millions d’emplois concernés, 25 millions seraient absorbés au sein du même métier. Le poste évolue, la personne reste.
  • Seuls 11 millions de salariés (7 % des actifs) devraient changer complètement de métier.
  • L’IA pourrait aussi faire naître 500 000 à 2 millions d’emplois dans des métiers qui n’existent pas encore.

Pourquoi l’impact est-il moins brutal que prévu ? Parce que des mécanismes d’amortissement absorbent environ 60 % du choc. Les gains de productivité réduisent d’abord les heures supplémentaires et la surcharge. Ils génèrent aussi de nouvelles tâches : relire les productions de l’IA, gérer les exceptions, superviser les agents.

Le rapport cite un exemple parlant : après l’adoption de l’IA, l’emploi des auditeurs a augmenté de 4,3 %. Quand un service devient moins cher à produire, la demande pour ce service augmente.

Les métiers les plus exposés

L’exposition reste très inégale selon les familles de métiers. Part des heures de travail automatisables d’ici 2035 :

Famille de métiersHeures automatisables d’ici 2035
Support administratif~80 %
Tech et data~70 %
Commerce et vente~68 %
Sécurité~28 %
Professionnels de santé~26 %

Cinq métiers concentrent à eux seuls un tiers des reconversions : conseillers clientèle, vendeurs, assistants administratifs, caissiers et préparateurs de commandes.

Le vrai défi : construire des passerelles entre les métiers

L’apport le plus original du rapport est là. McKinsey ne se contente pas de compter les emplois. Il analyse le chemin qui mène d’un métier en déclin à un métier en croissance, et classe ces trajectoires en trois catégories :

  • Les chemins directs (14 %) : fort recouvrement de compétences, pas de perte de salaire, moins de six mois de formation.
  • Les chemins sinueux (41 %) : recouvrement partiel, jusqu’à deux ans de formation.
  • Les chemins « non pavés » (45 %) : écarts de compétences importants, diplômes longs à obtenir ou baisse de salaire.

En clair, seul un salarié sur sept dispose d’une passerelle simple vers un métier d’avenir. Pour les autres, la transition ne se fera pas sans accompagnement.

Un exemple : environ 120 000 assistants administratifs américains pourraient devenir chefs de projet. Les deux métiers partagent 58 % de leurs compétences, et le salaire progresse de 154 %. Mais le chemin reste « sinueux », car il faut acquérir méthode, certification et posture.

Le diplôme reste un frein

Autre enseignement : 85 % des métiers en croissance exigent un diplôme ou une certification. Dans près de la moitié des cas (47 %), ce n’est pas la loi qui l’impose, mais l’employeur qui le préfère. C’est donc un levier que les entreprises peuvent actionner elles-mêmes.

Les compétences qui font la différence

Les métiers en croissance demandent en moyenne 68 compétences par poste, contre 47 pour les métiers en déclin. McKinsey les regroupe en trois familles :

  • Les compétences essentielles : résolution de problèmes, communication, leadership, rigueur. Elles ouvrent le champ des possibles.
  • Les compétences d’évolution : prise de décision, esprit critique, innovation. Elles permettent de monter vers des postes mieux rémunérés.
  • Les compétences d’adaptation : maîtrise de l’IA, adaptabilité, curiosité, envie d’apprendre. Elles permettent de continuer à évoluer quand le travail change.

C’est cette dernière famille qui explose dans les offres d’emploi. Depuis 2022, la demande pour la maîtrise de l’IA (AI fluency) a été multipliée par 11. Celle pour l’adaptabilité a été multipliée par 5, et celles pour la résilience, la curiosité et l’envie d’apprendre par 3.

Et pour les entreprises françaises ?

Le rapport porte sur les États-Unis. Les chiffres ne se transposent pas tels quels à la France, dont le marché du travail, le système de formation et la protection sociale diffèrent. Mais trois enseignements valent largement de ce côté de l’Atlantique.

1. La transformation se joue d’abord dans les postes existants. Plus de 70 % des salariés verront plus de 15 % de leur temps de travail réalloué. Pour un quart d’entre eux, ce sera plus de 30 %. Ce mouvement touche autant les métiers stables ou en croissance que ceux en déclin.

2. L’IA creuse les inégalités si rien n’est fait. Les salariés les moins payés ont 7,6 fois plus de risques de devoir changer de métier. Ils ont aussi quatre fois moins accès à un chemin direct que les mieux rémunérés. Les femmes et les jeunes sont également plus exposés.

3. Le rythme s’accélère. McKinsey anticipe environ 770 000 changements de famille de métiers par an aux États-Unis, soit 3,6 fois la moyenne historique. Les plans de formation pensés sur trois ans risquent d’arriver trop tard.

Ces conclusions rejoignent celles du rapport d’Anthropic sur les métiers exposés à l’IA : l’IA ne remplace pas des métiers entiers, elle déplace des tâches. C’est la capacité à accompagner ce déplacement qui distinguera les entreprises.

Cinq leviers pour préparer vos équipes

Le rapport adresse des recommandations claires aux employeurs. En voici cinq, directement actionnables.

  1. Piloter par les compétences, pas par les intitulés de poste. Cartographiez vos équipes en quatre groupes : ceux qui peuvent évoluer vite, ceux qui ont besoin d’une montée en compétences ciblée, ceux qui demandent une transition longue, et les rôles à recruter à l’extérieur.
  2. Faire de la maîtrise de l’IA un socle commun. La demande a été multipliée par 11 en quatre ans. Comprendre ce que l’IA sait faire, savoir quand passer d’un assistant à un agent et garder un regard critique sur ses résultats devient une compétence de base, pas une spécialité.
  3. Revoir les exigences de diplôme. Près de la moitié des barrières à l’entrée des métiers en croissance relèvent du choix de l’employeur. Évaluez les compétences réelles et reconnaissez l’expérience acquise.
  4. Développer la mobilité interne. Rotations, mobilités latérales, marketplaces de talents : vos futurs chefs de projet ou analystes sont peut-être déjà dans vos équipes.
  5. Impliquer les collaborateurs. Communiquez ouvertement sur la façon dont l’IA change les rôles. Et mesurez les réaffectations et la mobilité interne autant que les économies réalisées.

Un point de vigilance enfin : apprendre demande du temps et de l’énergie. McKinsey souligne que la surcharge cognitive freine l’acquisition de nouvelles compétences. Libérer du temps pour se former fait partie de la transformation.

Comme pour le choix entre outil maison et solution du marché, l’avantage compétitif ne viendra pas de la technologie seule. Il viendra des personnes capables de s’en servir.

Ce qu’il faut retenir

Le rapport de McKinsey déplace le débat. La question n’est plus « combien d’emplois l’IA va-t-elle détruire ? » mais « comment aider chaque collaborateur à réinventer son métier ? ».

  • L’IA transformera bien plus d’emplois qu’elle n’en supprimera.
  • Seul un salarié sur sept dispose aujourd’hui d’une passerelle simple vers un métier d’avenir.
  • La maîtrise de l’IA, l’adaptabilité et l’envie d’apprendre sont les compétences qui progressent le plus vite.
  • Les entreprises ont la main sur une grande partie des leviers : formation, mobilité interne, critères de recrutement.
  • L’avenir du travail ne se décrète pas. Il se prépare, équipe par équipe.

Questions fréquentes

Que dit le rapport McKinsey sur l’IA et l’emploi ?

Publié en septembre 2026 par le McKinsey Global Institute, il estime qu’aux États-Unis l’automatisation pourrait concerner l’équivalent de 36 millions d’emplois d’ici 2035, compensés par 41 millions de créations. Environ 11 millions de salariés devraient changer de métier, et plus de 70 % verront leur poste se transformer.

Quels métiers sont les plus exposés à l’IA ?

Le support administratif (environ 80 % des heures automatisables), la tech et la data (70 %) et le commerce (68 %). Les métiers de la santé et de la sécurité sont beaucoup moins concernés.

Quelles compétences développer face à l’IA ?

La maîtrise de l’IA en premier lieu : sa demande a été multipliée par 11 depuis 2022. Viennent ensuite l’adaptabilité (x5), la résilience, la curiosité et l’envie d’apprendre (x3 chacune).

Ces chiffres s’appliquent-ils à la France ?

Pas directement : l’étude porte sur le marché américain. Ses tendances de fond, la transformation des postes et le poids des compétences, valent cependant pour les entreprises françaises.

Découvrez le rapport complet du McKinsey Global Institute ici.

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